La colère du monde agricole ne faiblit pas. En France comme dans plusieurs pays européens, les agriculteurs se mobilisent massivement contre la politique commerciale de l’Union européenne, et en particulier contre la signature imminente de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur. Entre le 10 et le 13 janvier, les actions se sont multipliées, révélant une crise agricole profonde et durable à l’échelle européenne.
Paris sous les tracteurs : une mobilisation spectaculaire
Ce mardi 13 janvier, dès l’aube, des dizaines de tracteurs ont convergé vers Paris pour manifester devant l’Assemblée nationale. À l’appel de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs, les manifestants exigent des « actes concrets et immédiats » face à une situation économique jugée intenable.
Au total, près de 150 tracteurs sont entrés dans la capitale, tandis que 350 engins ont été recensés dans l’ensemble de l’Île-de-France par la préfecture de police. Les convois, entrés notamment par la porte Dauphine, ont emprunté les Champs-Élysées, l’avenue Foch et les abords de l’Arc de Triomphe, sous escorte policière. Sur les tracteurs, des slogans sans équivoque :
« Pas de pays sans paysans », « Pas de paysans, pas d’alimentation ».
Moment hautement symbolique de la journée : entre 20 et 30 tonnes de pommes de terre ont été déversées sur le pont de la Concorde, face à l’Assemblée nationale. Une action revendiquée par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, qui ont déclaré mettre cette production « à disposition de la population », dénonçant ainsi la dévalorisation du travail agricole.
Le Mercosur au cœur de la colère
La mobilisation intervient à l’approche de la signature de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), prévue au Paraguay. Cet accord créerait l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, représentant plus de 700 millions de consommateurs.
Pour les agriculteurs européens, ce traité constitue une menace directe pour la souveraineté alimentaire, la rémunération des producteurs et le respect des normes sanitaires, sociales et environnementales. Ils dénoncent une concurrence jugée déloyale, notamment sur les importations de viande, de sucre, de céréales et de soja.
Selon un communiqué de la FNSEA Grand Bassin parisien, la souveraineté alimentaire européenne est « en danger », tandis que les exploitations agricoles font déjà face à une explosion des coûts, à une pression administrative accrue et à des revenus en baisse.
Blocages et actions dans toute la France
Depuis le week-end précédent, la contestation s’est étendue à l’ensemble du territoire. Le ministère de l’Intérieur recense 55 actions dans 31 départements, mobilisant 2 400 personnes et près de 1 000 engins agricoles.
Des routes, des autoroutes, des zones industrielles et des ponts ont été bloqués ou fortement perturbés, notamment dans les Pyrénées-Atlantiques, les Landes, la Loire-Atlantique, le Morbihan, la Moselle, ainsi que sur l’A31 près de la frontière luxembourgeoise.
Les ports français, symboles du libre-échange, ont également été ciblés. Au Havre, premier port à conteneurs du pays, des agriculteurs ont mis en place des filtrages, contrôlant les camions frigorifiques et l’origine des produits importés, sans bloquer totalement l’activité.
Une colère qui dépasse les frontières françaises
La contestation est loin d’être isolée. Entre le 10 et le 12 janvier, des manifestations similaires ont eu lieu en Italie, en Pologne et en Irlande, où les agriculteurs dénoncent les mêmes déséquilibres liés aux accords commerciaux européens.
La ratification de l’accord UE–Mercosur dépend encore d’un vote qui s’annonce particulièrement serré au Parlement européen et n’interviendra pas avant le mois de février.
Un dialogue politique sous tension
Face à la mobilisation, le gouvernement français reconnaît la gravité de la crise. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a affirmé que « la colère des agriculteurs est profonde et légitime », tout en annonçant une enveloppe de 300 millions d’euros, principalement étalée sur 2026 et 2027 — une réponse jugée insuffisante par les syndicats.
Le Premier ministre doit faire de nouvelles annonces, tandis que l’exécutif assure que « le dialogue n’est pas interrompu ». Pour autant, les organisations agricoles réclament une réforme structurelle du modèle agricole européen : simplification des normes, meilleure rémunération, protection face aux importations et reconnaissance stratégique de l’agriculture.
Une crise agricole européenne majeure
Au-delà des blocages et des actions spectaculaires, la mobilisation actuelle révèle une fracture profonde entre les orientations économiques de l’Union européenne et les réalités du terrain. Pour de nombreux agriculteurs, le combat engagé dépasse le seul accord UE–Mercosur : il s’agit de défendre l’avenir même de l’agriculture européenne.
Dans ce contexte, la mobilisation se poursuit au niveau européen : après les actions menées en France, en Italie, en Pologne et en Irlande, les agriculteurs donnent rendez-vous le 20 janvier devant le Parlement européen à Strasbourg, à l’approche d’un vote décisif sur la ratification de l’accord UE–Mercosur.
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