À Castelmayran, certaines figures ne durent que quelques secondes. Un cheval accélère, un corps change de position, un mouvement se construit puis disparaît presque aussitôt. Derrière cette apparente immédiateté se trouve pourtant un travail beaucoup plus long : celui d’un homme qui doit connaître le cheval, communiquer avec lui et progresser avec lui avant de pouvoir lui demander davantage.
Le 29 août 2026, Laurent Douziech présentait avec Douro et Vicio un numéro de liberté lors de la dernière soirée estivale d’Équi’noche. Deux autres rendez-vous avaient précédé cette date, les 4 et 25 juillet, aux Écuries Pachka de Castelmayran.
Pendant un peu plus d’une heure et demie, le programme réunissait dressage de haute école, chevaux en liberté, voltige cosaque, cascades et disciplines aériennes.
Mais le spectacle montre le niveau auquel un travail est arrivé. Il ne montre pas nécessairement comment l’homme et le cheval y sont parvenus.
C’est précisément ce qui se joue le reste de l’année à Castelmayran.
Avant la figure, il y a un langage à construire
Le travail en liberté permet de revenir à l’une des bases de cette relation.
Aux Écuries Pachka, son apprentissage passe notamment par la compréhension des codes et du comportement du cheval ainsi que par une communication utilisant la voix et les gestes. La documentation consacrée à cette pratique parle explicitement de la construction d’une relation de complicité.
La confiance prend alors une dimension concrète.
L’homme ne peut pas simplement décider qu’un cheval exécutera une action parce qu’il la lui demande. Il doit d’abord apprendre à travailler avec l’animal qu’il a devant lui, observer son comportement et rendre ses indications compréhensibles.
C’est particulièrement visible lorsque disparaissent les moyens habituels de contrôle liés à l’équipement.
En liberté, le cheval évolue sans harnachement. La proximité de l’animal avec l’homme, son déplacement et ses réponses aux indications deviennent alors des éléments centraux du travail.
Le numéro présenté par Laurent Douziech avec Douro et Vicio le 29 août prend place dans cette réalité.
Ce que le public voit en piste est l’aboutissement provisoire d’une relation déjà travaillée.
Et le mot provisoire est important : ni l’homme ni le cheval ne cessent d’apprendre parce qu’une figure a réussi.
Apprendre ne concerne pas seulement celui qui monte
À Castelmayran, cette construction ne se limite pas aux chevaux de spectacle.
L’activité des Écuries Pachka se poursuit tout au long de l’année avec pension, enseignement, entraînement, saut d’obstacles et dressage. Les cours concernent différents âges et différents niveaux.
Pendant les vacances scolaires, des stages à la demi-journée ou à la journée permettent notamment de préparer les Galops, mais aussi de découvrir ou approfondir d’autres disciplines. Travail à pied, liberté, voltige cosaque et équitation acrobatique font partie de cette offre.
L’apprentissage change alors d’échelle.
L’expérience construite par Laurent Douziech et son équipe devient disponible pour des cavaliers qui doivent, à leur tour, apprendre avec un cheval.
Le travail en liberté est particulièrement révélateur puisqu’il peut être abordé par des débutants sans niveau minimum de Galop. Avant la difficulté technique vient la compréhension du comportement de l’animal et la manière de communiquer avec lui.
La voltige cosaque fait apparaître une progression différente.
Les premières figures peuvent commencer avec un cheval arrêté ou au pas. Le passage au galop nécessite davantage d’aisance et impose des exigences supplémentaires de sécurité. Le travail est adapté aux capacités de chaque binôme cavalier-cheval.
C’est ici que l’apprentissage rejoint progressivement la maîtrise.
Une figure que l’on ne pouvait réaliser qu’à l’arrêt peut être travaillée au pas. Ce qui était possible au pas peut ensuite demander une autre préparation pour être abordé au galop.
La difficulté augmente, mais la relation avec le cheval reste présente.
L’homme doit maîtriser son corps, son équilibre, son geste et le moment où il intervient. Le cheval, de son côté, doit avoir été préparé au travail demandé, à son allure et aux mouvements réalisés autour de lui.
La maîtrise n’efface donc pas la confiance : elle augmente ce que l’homme et le cheval peuvent construire à partir d’elle.
Quand le binôme devient la véritable unité de travail
Cette notion de binôme est déterminante.
Deux cavaliers ne progressent pas nécessairement de la même manière. Deux chevaux non plus. C’est pourquoi l’adaptation du travail aux capacités de chaque couple cavalier-cheval fait partie de l’enseignement documenté à Castelmayran.
La maîtrise ne peut donc pas être comprise uniquement comme une accumulation de compétences humaines.
Elle se construit dans une situation où l’autre protagoniste est vivant.
Un cheval possède son comportement, ses capacités et son propre niveau de préparation. L’homme doit en tenir compte lorsqu’il apprend, lorsqu’il perfectionne une figure et lorsqu’il construit une représentation.
Cette réalité relie des pratiques qui peuvent pourtant sembler très éloignées.
Le dressage et le saut d’obstacles appartiennent au travail sportif régulier des écuries, avec une activité de compétition aux niveaux régional et national.
La liberté recherche une autre forme de communication.
La voltige cosaque ajoute le déplacement du corps autour d’un cheval en mouvement.
La cascade pousse encore certaines exigences physiques et techniques.
Mais aucune de ces disciplines ne fait disparaître le cheval derrière la performance humaine.
Au contraire, plus la difficulté augmente, plus le travail du binôme devient visible.
Laurent Douziech, de la maîtrise à l’expérimentation
Cette progression prend une dimension supplémentaire dans le parcours de Laurent Douziech, artiste et cascadeur équestre professionnel.
Une fois la technique suffisamment maîtrisée, une nouvelle question apparaît : que peut-on créer avec elle ?
Castelmayran sert également de lieu d’entraînement, de répétition et de recherche. De nouvelles figures y sont travaillées, tandis que différentes pratiques peuvent être rapprochées : voltige cosaque, liberté et arts aériens. Cette activité s’accompagne également d’une transmission auprès des cavaliers.
La répétition n’a alors plus uniquement pour objectif de réussir ce qui existe déjà.
Elle permet d’expérimenter.
Un mouvement maîtrisé peut être modifié. Une figure peut rencontrer une autre discipline. Les possibilités du cheval, celles de l’artiste et les contraintes de la scène doivent alors être recomposées.
C’est dans ce passage que la technique devient matière de création.
« Fusion » en constitue un exemple concret.
Développé à Castelmayran, initialement avec Équimuse, le projet associe voltige cosaque et haute voltige aérienne, notamment autour d’un agrès en forme de lune placé au-dessus des chevaux. La recherche menée autour de cette association a ensuite contribué au développement du format Équi’noche.
On retrouve alors ce qui était déjà présent dans les premiers exercices d’apprentissage, mais à un autre niveau.
Le mouvement doit être compris.
Puis maîtrisé.
Ensuite seulement il peut être transformé.
Le spectacle n’est pas le début de l’histoire
Équi’noche intervient à ce moment-là : lorsque le travail peut être partagé.
Durant trois soirées de l’été 2026, la carrière des Écuries Pachka s’est transformée en espace de spectacle au centre d’une guinguette équestre en plein air.
Le public découvre alors le résultat d’un processus dont il n’a pas nécessairement vu les étapes précédentes.
Le travail en liberté de Laurent avec Douro et Vicio en est une manifestation. Les figures de voltige en sont une autre. Les associations avec les arts aériens en proposent encore une autre.
À ce stade, la maîtrise acquise avec le cheval devient visible.
Mais elle reste liée à ce qui l’a rendue possible.
Une représentation peut être parfaitement chorégraphiée ; elle continue pourtant à se dérouler avec un animal vivant. L’artiste doit conserver la précision du travail construit avec lui.
C’est ce qui distingue profondément une performance équestre d’une succession mécanique de gestes.
Et lorsque les photographies arrêtent un mouvement de la soirée du 29 août, elles documentent précisément cet instant de maîtrise. Elles n’en constituent pas l’origine : elles en conservent une trace.
Ce qui a été appris peut maintenant être transmis
Le travail construit avec le cheval possède également une autre destination.
Il revient vers ceux qui apprennent.
Les stages, les cours et le travail proposé aux cavaliers permettent de transmettre des techniques, mais aussi une manière d’aborder la relation avec l’animal. Dans la liberté, cela signifie apprendre à observer et communiquer. Dans la voltige, cela implique progressivement de maîtriser son propre corps tout en travaillant avec les capacités du cheval.
La vie des écuries élargit encore cette transmission. Challenges, activités thématiques, randonnées et fête du club associent cavaliers et familles à un environnement qui ne se limite pas aux représentations professionnelles.
Le mouvement devient alors presque circulaire.
Laurent et les chevaux travaillent.
Cette expérience produit du savoir.
Le savoir est transmis.
D’autres cavaliers apprennent avec d’autres chevaux.
Pendant ce temps, le travail professionnel continue à évoluer et peut produire de nouvelles créations.
Puis ces créations rencontrent le public.
Lorsque Castelmayran ne suffit plus comme scène
Douziech Horse Events porte également ce travail hors de sa base.
La compagnie se produit régulièrement dans d’autres rendez-vous équestres.
Laurent Douziech et Eline Chorches ont notamment présenté leur travail à la Nuit du Cheval de Foix dans un ballet associant univers équestre et aérien. À Rignac, liberté et voltige cosaque figuraient parmi les pratiques présentées. Le Festibérique de Caussade accueille régulièrement le duo, tandis que Chevauchée sous les étoiles a accompagné les festivités du 14 juillet à Villeréal.
Les collaborations avec d’autres artistes et structures prolongent cette ouverture, notamment avec la Troupe du Ménil Saint-Michel et dans différentes productions et résidences.
Ces déplacements ne rompent pas la relation construite à Castelmayran.
Ils la confrontent à autre chose.
Une autre piste.
Un autre spectacle.
D’autres partenaires.
Un autre public.
L’expérience acquise dans ces situations peut ensuite revenir dans le travail quotidien et alimenter une nouvelle recherche.
C’est pourquoi l’évolution ne va pas simplement de l’apprentissage vers le spectacle. Elle revient continuellement vers le cheval.
De la première confiance à une maîtrise qui reste vivante
Le parcours de Laurent Douziech passe également par des scènes de dimension nationale.
Le Gala des Crinières d’Or, dans le cadre du Salon Cheval Passion à Avignon, constitue un rendez-vous historique et régulier de son parcours artistique. Il y a notamment été associé à Dream Horse avec Mathilde Maestrello, dans un travail mêlant émotion et haute voltige.
La prochaine édition de Cheval Passion est annoncée du 14 au 18 janvier 2027, sans que ces seules dates permettent d’affirmer une participation de Laurent Douziech à cette édition précise en l’absence de confirmation de programmation.
Du premier exercice au spectacle, du cavalier débutant à l’artiste professionnel, de Castelmayran aux scènes extérieures, les niveaux changent donc considérablement.
La relation fondamentale, elle, demeure.
L’homme apprend à connaître le cheval.
Il trouve comment communiquer avec lui.
La confiance permet d’aller plus loin.
La répétition développe la maîtrise.
La maîtrise ouvre l’expérimentation.
L’expérimentation peut devenir création.
La création est partagée devant un public et l’expérience acquise peut être transmise à d’autres.
Puis l’homme et le cheval retournent travailler.
Douro et Vicio ne représentent donc pas seulement deux chevaux apparaissant aux côtés de Laurent Douziech lors d’une soirée d’Équi’noche. Leur présence en liberté permet de voir le résultat d’un principe qui traverse l’ensemble de cette activité : plus ce que l’homme demande au cheval devient complexe, plus la relation construite entre eux devient déterminante.
Car avant de pouvoir montrer ce qu’un homme sait faire avec un cheval, il faut avoir construit quelque chose de beaucoup moins spectaculaire, mais beaucoup plus essentiel :
que le cheval puisse lui faire confiance.
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